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David Elia : entre art contemporain, nature et mémoire brésilienne

il y a 2 jours
9 min de lecture

Entre art, design et architecture, David Elia développe un langage artistique profondément marqué par le Brésil. La nature y occupe une place centrale, mais elle n’est jamais seulement décorative : forêt, végétation et paysage deviennent les témoins d’une histoire, d’une mémoire et des transformations environnementales qui traversent son pays natal.

Né à Rio de Janeiro en 1982, l’artiste brésilien et portugais construit depuis plus de vingt ans un parcours volontairement multidisciplinaire. Peinture, photographie, cyanotype, sculpture, objets et installations se répondent au sein d’un même univers. Derrière la diversité des médiums apparaît une préoccupation constante : notre relation au territoire et la manière dont l’activité humaine transforme les paysages.

À l’Espace Soardi, nous présentons actuellement une sélection de quatre cyanotypes de David Elia. L’occasion de revenir sur son parcours, ses inspirations et cette technique photographique ancienne

devenue, entre ses mains, un moyen particulièrement contemporain d’évoquer la forêt brésilienne.


Temps de lecture : ~10 min



1. Qui est David Elia ?


David Elia est né en 1982 à Rio de Janeiro. De nationalité brésilienne et portugaise, il vit aujourd’hui dans le sud de la France tout en conservant un lien profond avec le Brésil, son histoire et ses paysages.

Cette double appartenance géographique traverse son travail. Le Brésil constitue moins un simple sujet qu’un véritable territoire de recherche. Sa végétation, ses transformations sociales, son histoire et les problématiques environnementales nourrissent une œuvre dans laquelle se croisent écologie, politique et mémoire.



David Elia revendique par ailleurs une pratique multidisciplinaire. Il passe d’un médium à l’autre sans établir de frontière rigide entre art et design. Cette liberté est essentielle pour comprendre son travail : une photographie, une peinture, un meuble ou une installation peuvent porter une même réflexion et appartenir au même univers artistique.


2. Du Brésil à l’Europe : un parcours entre art, design et architecture


Le parcours de David Elia explique en partie cette approche décloisonnée.

Après un programme d’été en architecture à la Harvard Graduate School of Design en 2002, il obtient en 2004 un Bachelor of Arts en Fine Arts à Brandeis University. Il poursuit ensuite sa formation avec un Master en architecture intérieure à la Rhode Island School of Design en 2007, puis un Master en design à la Domus Academy de Milan en 2009.

Cette formation croisée lui permet d'aborder simultanément l'image, l'objet, la matière et l'espace. Là où certains artistes séparent nettement œuvre d'art et objet fonctionnel, David Elia préfère explorer ce qui les relie.

Son parcours se construit ainsi dans un dialogue constant entre plusieurs disciplines. Une même réflexion peut commencer par une recherche photographique, devenir peinture, se transformer en sculpture ou prendre la forme d'une installation.

Cette approche hybride lui permet surtout d'adapter le médium au sujet plutôt que l'inverse.


3. La nature au cœur du travail de David Elia


La nature est l'un des fils conducteurs les plus importants de son œuvre récente.

Mais chez David Elia, représenter une forêt ne signifie pas simplement célébrer la beauté d'un paysage. La végétation devient une manière d'interroger ce qui disparaît, ce qui se transforme et ce que nous choisissons de préserver.

Son travail se situe ainsi entre contemplation et inquiétude.

La forêt peut d'abord apparaître comme un espace dense, presque enveloppant. En regardant plus attentivement, cette beauté révèle une dimension plus fragile. L'artiste s'intéresse notamment aux transformations environnementales du Brésil et à la manière dont elles modifient non seulement le territoire, mais également notre mémoire collective.

Sur son site, David Elia décrit d'ailleurs son travail comme évoluant entre figuration et abstraction, dans un champ où écologie, politique et histoire deviennent indissociables.

Cette tension donne à ses œuvres une lecture à plusieurs niveaux. On peut être attiré par la composition, la couleur ou la végétation avant d'en découvrir progressivement la dimension environnementale.


4. Quand l'art interroge la déforestation


Cette réflexion prend une dimension particulièrement importante en 2018 lorsque David Elia représente le Brésil à la London Design Biennale.

Pour cette manifestation internationale organisée à Somerset House, à Londres, il imagine Desmatamento, littéralement « déforestation ».

L'installation cherche à traduire simultanément la beauté et la vulnérabilité de la forêt brésilienne. Des éléments en eucalyptus structurent l'espace tandis que l'environnement visuel évoque la Mata Atlântica, cette forêt qui longe une partie importante de la côte brésilienne.

Un détail attire particulièrement l'attention : la présence d'un bleu intense à la base de certains éléments en bois.

Cette couleur renvoie au marquage utilisé pour signaler les arbres destinés à être préservés. Le bleu devient alors un signe de protection au sein d'un environnement menacé.

L'installation ne cherche donc pas seulement à dénoncer. Elle veut également provoquer une émotion. Le visiteur est invité à ressentir la beauté d'un écosystème avant de prendre conscience de sa fragilité.

Cette manière de faire passer une question environnementale par une expérience sensible plutôt que par un discours frontal est caractéristique de l'approche de David Elia.


5. L'index de Werner : relier taxonomie et histoire


Un pilier central de la pratique de David Elia repose sur l’utilisation de la Nomenclature des Couleurs de Werner (1814), manuel scientifique de référence notamment utilisé par Charles Darwin pour identifier et classifier les couleurs observées dans le monde naturel.


L’artiste s’approprie cet index historique non seulement comme un répertoire chromatique, mais également comme un outil conceptuel permettant de faire le lien entre la taxonomie scientifique naissante et l’héritage complexe des échanges commerciaux. La couleur devient ainsi le point de départ d’une réflexion plus large sur la manière dont la connaissance du vivant s’est construite parallèlement à la circulation des plantes, des matières premières et des savoirs entre différents territoires.


À travers cette démarche, David Elia examine les histoires du commerce botanique, de l’industrialisation, des routes coloniales et du métissage culturel. Son travail met en lumière les liens entre exploration scientifique, circulation des ressources et transformations des sociétés. La couleur dépasse alors sa fonction esthétique pour devenir un vecteur de mémoire, à travers lequel l’artiste construit de nouveaux récits reliant l’écologie, l’histoire et la mémoire collective.


6. Le cyanotype : pourquoi ce bleu si particulier ?


Cette relation entre nature et bleu se retrouve aujourd'hui dans ses cyanotypes.

Le cyanotype est un procédé photographique ancien qui produit des images reconnaissables à leur couleur bleu de Prusse particulièrement profonde. L'image apparaît grâce à un procédé photosensible activé par la lumière.

Chez David Elia, cette technique prend une résonance particulière.

Le bleu transforme immédiatement notre perception de la forêt. Les arbres, branches et feuillages quittent les couleurs auxquelles nous sommes habitués pour devenir presque graphiques. Les silhouettes végétales se détachent entre zones profondes et parties lumineuses.



La photographie n'est plus seulement documentaire.

Elle devient empreinte.

La forêt semble à la fois présente et distante, réelle et presque irréelle.

David Elia explique utiliser récemment le cyanotype pour représenter notamment les forêts amazoniennes. Cette technique s'inscrit naturellement dans son travail autour des problématiques environnementales et de la transformation des paysages.


7. La forêt brésilienne transformée en image


Dans les cyanotypes de David Elia, le végétal occupe presque tout l'espace.

Les arbres deviennent des architectures naturelles. Les branches construisent des lignes, les feuilles forment des masses et les ouvertures entre les végétaux créent des respirations lumineuses.

Cette composition transforme progressivement le paysage en motif.

À distance, nous reconnaissons une forêt. En nous rapprochant, notre regard se concentre davantage sur les rythmes, les contrastes et la profondeur de l'image.

Cette ambiguïté entre paysage identifiable et composition presque abstraite est particulièrement intéressante dans son travail.

Elle permet également au spectateur d'avoir une relation très personnelle avec l'œuvre. Certains y verront d'abord la végétation tropicale ; d'autres seront attirés par le bleu, la lumière ou la construction graphique de l'image.

La forêt devient ainsi simultanément un lieu réel, un souvenir et une matière artistique.


8. Entre figuration et abstraction


David Elia ne renonce jamais complètement à la représentation.

Même lorsqu'il travaille sur la végétation, le sujet demeure reconnaissable. Pourtant, certaines zones de ses compositions peuvent presque être regardées comme des œuvres abstraites.

Une branche devient une ligne.

Un feuillage devient une texture.

Une zone de lumière devient un vide.

Une accumulation végétale devient une construction graphique.

Cette manière de circuler entre figuration et abstraction donne à ses œuvres une grande force visuelle. Elle permet également de dépasser la simple photographie de paysage.

L'artiste lui-même situe sa pratique dans ce mouvement entre figuration et abstraction, en utilisant matériaux, images et recherches comme des terrains de réflexion sur la nature et sa transformation.


9. Une œuvre à la frontière entre art et design



Il serait pourtant réducteur de présenter David Elia uniquement comme photographe ou peintre.

Son parcours dans le design constitue une partie essentielle de son identité artistique.

Parmi ses projets marquants figurent notamment Stray Bullet, développé en 2011, et Bulletproof, en 2013. Ces travaux abordent certaines réalités sociales brésiliennes en détournant le vocabulaire du mobilier et de l'objet.

En 2014, son travail est présenté au Museum of Arts and Design de New York dans l'exposition New Territories: Laboratories for Design, Craft and Art in Latin America, consacrée aux nouvelles pratiques situées entre design, artisanat et art en Amérique latine.

Cette capacité à passer de l'objet à l'image reste fondamentale.

Pour David Elia, il n'existe pas nécessairement une séparation absolue entre ses différentes pratiques. Il explique qu'un même fil conducteur les relie, notamment son intérêt pour les problématiques environnementales.

L'œuvre est donc moins définie par sa catégorie que par la réflexion qu'elle porte.


10. Un artiste présent dans des collections internationales


Au fil des années, le travail de David Elia a intégré plusieurs collections publiques et privées importantes.

Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Musée des Arts Décoratifs de Paris, du Museum of Arts and Design de New York, de la François Pinault Collection, ainsi que dans la collection de Sir Elton John. Son site mentionne également le Nouveau Musée National de Monaco et la Paula Cussi Latin American Art Collection.

Cette reconnaissance accompagne un parcours international qui l'a conduit de Rio de Janeiro à New York, Paris, Londres ou encore Monaco.

Mais cette dimension internationale n'efface jamais l'origine de son travail.

Le Brésil reste présent.

Dans les matériaux.

Dans les paysages.

Dans les couleurs.

Dans les problématiques environnementales et sociales.

Et surtout dans cette manière d'utiliser l'art pour interroger les transformations d'un territoire.


11. Pourquoi les cyanotypes occupent-ils une place particulière dans son travail ?


Les cyanotypes permettent de réunir plusieurs dimensions essentielles de l'univers de David Elia.

Il y a d'abord la nature, omniprésente.

Il y a ensuite la photographie, qui conserve une trace d'un paysage réel.

Puis intervient le procédé artistique, qui transforme cette réalité par la lumière et par cette couleur bleue caractéristique.

Enfin, il y a la question de la mémoire.

Un cyanotype possède quelque chose de l'empreinte. L'image semble conserver la présence d'un lieu tout en l'éloignant de sa représentation habituelle.

Dans le contexte du travail de David Elia, cette caractéristique prend tout son sens : montrer un environnement, mais également attirer notre attention sur sa fragilité et sur ce qu'il pourrait devenir.


12. Comment encadrer un cyanotype ?


Une œuvre sur papier demande un encadrement pensé à la fois pour sa mise en valeur et pour sa conservation.

Dans notre atelier, nous privilégions des matériaux adaptés à la nature de l'œuvre et un montage qui évite tout contact direct inutile avec le vitrage. Le choix du verre est également essentiel, notamment lorsque l'œuvre doit être exposée dans une pièce lumineuse.

Comme pour les photographies, dessins, estampes et autres œuvres sur papier, la lumière doit être prise en compte dès la conception de l'encadrement. Ces supports font partie des catégories particulièrement sensibles à une exposition lumineuse prolongée.

Un verre anti-reflet ou de conservation permet également de préserver la qualité de lecture de l'œuvre tout en renforçant sa protection. Chez Espace Soardi, le vitrage est choisi en fonction de l'œuvre, de son format et de son futur environnement.

L'encadrement doit finalement savoir se faire discret : protéger l'œuvre, lui donner de la profondeur et accompagner le bleu caractéristique du cyanotype sans entrer en concurrence avec lui.



13. Quatre cyanotypes de David Elia à découvrir à l'Espace Soardi


Nous présentons actuellement à l'Espace Soardi, à Nice, quatre cyanotypes de David Elia disponibles à la vente.

Cette sélection permet de découvrir une facette particulièrement poétique de son travail, dans laquelle la forêt brésilienne devient une matière faite de lumière, de silhouettes végétales et de bleu.

Parmi les œuvres présentées figurent notamment des pièces de ses séries Um Portal Para a Mata Atlantica et Um Portal Para o Alto da Boavista, visibles dans notre sélection consacrée à l'artiste.

Le mot portal — portail — est particulièrement évocateur.

Chaque image peut en effet être regardée comme une ouverture vers un autre espace. Le cyanotype ne cherche pas simplement à reproduire la forêt : il donne l'impression d'en franchir le seuil.

Le spectateur se retrouve face à un paysage qui semble suspendu entre photographie et souvenir.



Découvrir David Elia autrement

Regarder le travail de David Elia, c'est entrer dans un univers où les frontières deviennent volontairement poreuses : entre art et design, entre photographie et abstraction, entre beauté du paysage et inquiétude environnementale.

Depuis ses premières recherches autour de la société brésilienne jusqu'à ses œuvres consacrées à la forêt, une même interrogation traverse son parcours : comment transformer les réalités d'un territoire en expérience artistique ?

Ses cyanotypes en donnent une réponse particulièrement sensible.

La forêt y devient bleue, presque silencieuse. La végétation se transforme en lignes et en ombres. L'image conserve quelque chose du réel tout en donnant l'impression d'appartenir à une mémoire.

Les quatre cyanotypes de David Elia actuellement proposés à l'Espace Soardi sont à découvrir directement dans notre galerie à Nice ainsi que dans notre sélection d'œuvres en ligne.

 
 
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